Je sais, je sais, je sais. Presque 3 mois sans nouvelles, c’est inadmissible. J’ai des milliers de raisons mais pas une excuse et j’ai décidé de jouer la carte de l’honnêteté ie je suis une immense flemmarde shame on me. Faute avouée, étant à moitié pardonnée, je me permets de faire un saut dans le temps pour vous raconter la suite de notre périple.
Nous avions donc passé la frontière entre le Vietnam et le Cambodge à la mi-décembre et nous sommes restés quelques jours à Pnom Penh chez nos amis allemands. Histoire de vous rafraichir la mémoire sur l’histoire du Cambodge, parce oui on sait qu’il s’en est passé des choses, mais sorti de “Pol Pot est un enfoiré” je dois avouer que mon savoir en la matière était quand même clairement limité shame on me bis. Donc en gros, en très gros, que les puristes historiens me pardonnent, sur 8 millions de khmers, 3 millions ont été décimés à cause d’une idéologie communiste.
Le paradoxe du Cambodge, c’est donc d’être connu au travers de ce qu’il a de plus grandiose, Angkor, et de pire, les Khmers rouges, synonymes de génocide et de terreur. Les drames contemporains commencent heureusement à appartenir à l’Histoire, notamment parce que les nouvelles générations ne les ont pas vécus.
Le Cambodge est une terre humaine qui mérite vraiment qu’on s’y arrête. Enfin ça évidemment nous l’avons découvert sur place et un peu trop tard. Vu que nous sommes devenus des pro de l’organisation, nous nous sommes trouvés très malins que de réserver à l’avance un hôtel dans le Sud Thaïlande pour les fêtes de fin d’années, pour éviter une flambée des prix et de se retrouver en dépression dans un hôtel moche le 24/12. Nous avons à peine 10 jours et on a pris l’habitude de prendre notre temps, on ne sait plus comment faire pour se dépêcher! Par où commencer? Suspense.
Sur les conseils de nos amis nous partons à Kampot, dans le sud du pays où nous nous sommes enivrés de la magie des campagnes khmères. Les paysages sont follement authentiques et diablement générateurs d’atmosphère avec des étendues régulières de rangées de cocotiers et de palmiers qui marquent à perte de vue le tapis des rizières, dominées au loin par quelques collines esseulées.
Il faut être honnête il ne se passe rien de spécial à Kampot, voire rien du tout et pourtant c’est un endroit charmant qui exerce sur nous un pouvoir hypnotique et nous donne envie de sourire toute la journée. Nous nous posons dans un charmant endroit en pleine campagne, près d’une rivière, avec de nombreux espaces ouverts pour buller.
Le premier soir nous rencontrons un flamounche pompier aussi intéressant qu’une éponge qui essaye de draguer une finlandaise assommante au possible (par pitié que jamais ils ne s’accouplent, leur progéniture serait désastreuse). Entre 3 récits du pompier chiant sur l’importance de ne pas jeter ses cigarettes partout dans la nature, nous apprenons que la finlandaise a passé 2 ans au Timor (je n’ai pas honte de dire que j’ai été regarder où était le Timor sur une carte et que 3 mois après je ne m’en rappelle déjà plus). La finlandaise monologue platement, sans jamais reprendre sa respiration, sur les conditions terribles de vie là bas. Pour survivre à cette conversation insipide nous reprenons ce petit cocktail maison bien sympathique et nous alimentons avec brio la conversation par des monosyllabes et un sourire de commande. Mon esprit embrumé comprend qu’à un moment qu’elle parle de chiens, de gens, de disparition et de barbecue. Je reconnecte mon cerveau 1 minute interpellée par cette combinaison de mots qui ne vont pas ensemble et lui de demande de répéter : apparemment les gens pauvres en période de disette, kidnappent les chiens des quartiers riches et les mangent quand il n’y a plus rien d’autre à manger. Alors les murs des villes se remplissent d’annonces du style “My dog is missing” et les gens ne comprennent pas ce qui se passe, pourquoi tant de disparition de leurs canidés bien-aimés.
Pendant que le pompier idiot écrase limite une larme et malgré le caractère éminemment dramatique du récit je n’ai aucune autre réaction que celle d’éclater de rire en m’étranglant avec les pépins de mon cocktail fruit de la passion. Je sais, je suis une horrible personne mais des vagues d’images de caniches à frange et de yorkshire brushing s’appelant Fifi ou Bijou, embrochés sur une pique barbare, avec une pomme entre les crocs tournant au dessus des braises me provoque un fou rire incontrôlable. Je vis un grand moment de solitude.
Consternation autour de la table devant mon manque évident d’empathie. Manifestement je n’ai pas la fibre Florence Nightingale, ni la finlandaise le sens de l’humour. Dans un éclair de génie, elle comprend que je me contrefous de ce qu’elle me raconte depuis près de 45 minutes. Je suis démasquée et me retire discrètement sous le regard courroucé de ceux qui travaillent pour le bien être de la communauté.
Heureusement nous passons une belle nuit dans notre bungalow au milieu des herbes folles qui bruissent joliment dans la nuit au moindre souffle de vent et des insectes qui bzite-bziiiiitent en choeur et loin des barbecues de chiens.
Le lendemain nous faisons du vélo, les mômes nous saluent et nous donne du “hello” à tout va et nous nous perdons avec bonheur dans les petits chemins. On plane. Le soir nous partons pour un night boat trip sur la rivière qui jouxte notre bungalow, sans vraiment savoir ce que l’on va découvrir.
Nous partons sur un radeau (oui un radeau). Le capitaine du radeau, soit un khmer édenté et rigolard ne cesse de nous parler dans un anglais/khmer qu’on comprend pas mais à base de “OK” et de “cool” et de sourire on comprend qu’il va nous montrer un truc. Nous glissons lentement vers les arbres de la berge d’en face et on ne comprend pas tout de suite ce dont il s’agit. Puis peu à peu, devant nos yeux émerveillés, nous voyons une source lumineuse discrète, puis plusieurs points lumineux qui s’allument et s’éteignent à l’unisson et enfin ce sont des arbres entiers qui nous encerclent et s’embrasent sur le rythme doux de la nature. Nous sommes devant des arbres à lucioles et c’est absolument magique.
Les lucioles clignotent sur les arbres, il n’y a que le bruit du clapotis de l’eau, la lune est claire et nos coeurs battent un peu plus fort devant l’émotion de cette prodigieuse scène qui se déroule sous nos yeux. Le capitaine, nous montre qu’il faut plonger sa main dans l’eau… vu l’eau glauque j’hésite fortement mais bon je me lance et je vois apparaitre entre mes doigts des paillettes de lumière, interloquée je retire vite ma main. Je recommence l’opération et de nouveau de l’eau s’illumine entre mes doigts surpris. Nous sommes entourés de plancton fluorescent et c’est avec délice que nous plongeons encore et encore nos mains, créant des ondes lumineuses et des vagues douces. C’est d’un romantisme absolu, je me sens comme Ariel dans la Petite Sirène quand elle essaye de galocher le Prince Eric, sauf que pour nous il n’y a pas de bernard l’hermite qui chante avec la voix d’Henry Salvador mais un khmèr qui machouine et bavasse. Peu importe, le moment est parfait.
Nous partons à regret de cet Eden pour une destination encore plus fantastique : Angkor.
Nous arrivons dans une chouette guest-house, dans la bien jolie ville d’Angkor, tenus par 2 italiens foufous qui sont manifestement ravis de voir des petits français. Ils nous offrent du pastis sans eau (yiark), nous commandent des pizzas made in Italie mais du Cambodge et voila une belle soirée qui s’annonce. Ils sont très contents de nous apprendre qu’il y a aussi un suisse dans l’hôtel et qu’il faut absolument qu’on le rencontre. Le fameux suisse arrive et en moins de 15 minutes,
- il s’excite quand je lui dit que je viens de Paris et c’est encore un bouseux qui appelle Paris “Panam” (sorry il fallait que je la sorte celle-là)
- il nous apprend qu’il fait parti des ultra du PSG et nous explique très sérieusement comment il tabasse d’autres gens au nom du sport, parce que oui il y a des règles : “on est des gars bien quand même, on tape mais on a pas d’armes blanches parce que c’est pas bon esprit, tu vois quoi”
- il nous raconte qu’il a braqué une pharmacie pour se procurer de la drogue quand il était en manque
- il doit 100 jours de prison à l’état suisse mais bon il “préfère passer du temps au Cambodge avant”
- il consomme des prostituées et les préservatifs ça “l’intéressent pas trop en fait”
Je lui donne une espérance de vie de 37 ans. Moitié hooligan, moitié drogué et complètement fêlé mais bizarrement très sympathique …. encore une rencontre complètement improbable.
Il vient de passer la journée à un mariage cambodgien et on lui a offert une dent de ragondin qu’il porte fièrement autour du cou, c’est assez répugnant. De plus, Ô joie, il a un autre ami suisse qui doit le rejoindre. Nous nous attendons au pire.
L’ami déboule quelques minutes après et c’est encore un mec complètement perché, haut, très haut! Pourquoi ne sommes-nous pas capable de rencontrer des gens normaux?
Ce qui frappe en premier c’est que c’est le portrait craché de Krilin, le copain moine chauve qui se bat mal de Dragon Ball Z! C’est limite un rêve qui se réalise pour Ben!
Son petit corps mou est recouvert de tatouages d’inspiration bouddhiste et il a une descente d’alcool prodigieuse. D’ailleurs il arrête vite de commander des verres et se prend directement la bouteille de whisky. Vu la chaleur et peut être aussi le whisky il retire son t-shirt et avec étonnement nous découvrons l’énorme tatouage qui recouvre son tout son ventre. Il s’agit d’un moine en méditation qui lui ressemble comme 2 gouttes! L’effet est saisissant. C’est comme si je me faisais tatouer mon portrait sur le ventre, c’est complètent alternatif.
Vu que ce brave homme n’a pas un corps d’athlète à chaque mouvement la tête du bouddha disparait dans les plis de gras que constituent son manque de pectoraux. Et c’est la tête du pauvre bouddha que l’on voit engloutie comme criant au secours, puis de nouveau sortie par la magie du rythme respiratoire… C’est à mourir de rire! Ben est fasciné et se prend des fous rires inextinguibles. Bref, on a passé la soirée avec Krilin et un Ultra! Notre vie est décidément fort passionnante.
Nous partons le lendemain pour Angor excités comme des puces. Il n’est plus à préciser que nous sommes des feignasses et nous louons un tuk-tuk à la journée parce qu’il ne faudrait pas trop se fatiguer non plus. Il fait une chaleur de dingue et nos âmes d’Indiana Jones se régalent. C’est magnifique! C’est une atmosphère, de la grandeur, la nature et même les hordes de touristes ne parviennent pas un gâcher la beauté et la magie du lieux! Je ne vais pas m’étendre la dessus, les photos en disent déjà beaucoup!
Nous repartons à Phnom Penh pour prendre un vol jusque Bangkok, duquel nous prendrons un train de nuit pour arriver à Koh Pangan, notre futur home sweet home pour les 15 prochains jours. A suivre donc…









































































